Patrimoine & Histoire · Reportage
Riad ou dar : la maison qui tourne le dos à la rue
De la ruelle, on ne voit rien. Un mur aveugle, une porte cloutée, parfois un heurtoir en forme de main. Puis la porte s'ouvre, un couloir coudé vous détourne, et la maison se révèle d'un coup : une cour, du ciel, souvent de l'eau. Mais cette cour abrite-t-elle un jardin ? C'est toute la différence entre un riad et un dar.

Un mot, un jardin
Riad vient de l'arabe ryād, pluriel de rawda, le jardin. Le Dictionnaire de l'Académie française l'atteste en français au XXᵉ siècle. Il le définit plus largement comme une demeure traditionnelle des médinas « organisée autour d'un patio ou d'un jardin intérieur ».
Au sens strict, celui de l'étymologie et des historiens de l'architecture, le riad est une maison organisée autour d'un jardin intérieur planté. Sa forme classique, décrite par les historiens de l'architecture, divise ce jardin en quatre parterres par deux allées qui se croisent, avec une fontaine au centre.
Le dar, maison à patio
Le dar, lui, est la maison de ville à cour intérieure, sans jardin planté. La cour est dallée, parfois ornée d'une fontaine, et les pièces s'ouvrent sur elle.
| Riad | Dar | |
|---|---|---|
| Cœur de la maison | Jardin planté, souvent en quatre parterres | Cour dallée |
| Taille | Souvent plus vaste | Variable, souvent plus modeste |
| Point commun | Façade fermée, vie tournée vers l'intérieur | Idem |
Une histoire de palais
Selon les recherches archéologiques, l'un des plus anciens jardins en quatre parterres connus au Maroc appartenait à un palais almoravide de Marrakech, mis au jour sous la Koutoubia et daté du début du XIIᵉ siècle. La part de l'héritage andalou, face à un développement local, reste débattue.
Le modèle s'épanouit ensuite dans les grandes résidences. Au palais saadien El Badi, la cour devient un immense jardin : un grand bassin central bordé de quatre jardins en contrebas. Au XIXᵉ siècle, le palais de la Bahia, construit en deux temps entre 1859 et 1900, aligne cours et jardins sur près de huit hectares, selon Archnet. Dar Si Saïd, demeure de la fin du XIXᵉ siècle devenue musée dès 1932, abrite aujourd'hui le Musée national du tissage et du tapis.
Comment « riad » est devenu une marque
Dès la fin du XXᵉ siècle, des acquéreurs étrangers se pressent dans les ruelles. Une étude universitaire menée par Anton Escher et ses collègues relevait que, jusqu'à la fin novembre 2000, 457 étrangers avaient acheté plus de 500 maisons dans la médina, et qu'au moins 110 maisons européennes y étaient exploitées en maisons d'hôtes.
La même étude constatait déjà un glissement : les étrangers appelaient « riad » toute maison de la médina, jardin ou pas. Le mot est devenu une promesse commerciale.
Et le droit, dans tout cela ?
Pour l'hébergement touristique, la loi 80-14 et ses textes d'application font du riad une catégorie à part, distincte de la maison d'hôtes, avec ses propres normes et son classement (voir les étapes pour ouvrir une maison d'hôtes). Le mot du quotidien et la catégorie juridique ne se recouvrent donc pas toujours.
Un dar bien restauré vaut souvent mieux qu'un riad mal compris. Ce qui compte, c'est ce que la maison a gardé de son histoire.
Sources
- Dictionnaire de l'Académie française, 9ᵉ édition, « riad »
- A. Escher, S. Petermann, B. Clos, « Le bradage de la médina de Marrakech ? », in M. Berriane et A. Kagermeier (dir.), Le Maroc à la veille du troisième millénaire, actes du 6ᵉ colloque maroco-allemand de Paderborn, Rabat, FLSH, 2001, p. 217-232 (cit. p. 219, 222, 228)
- Archnet, fiche du palais de la Bahia
- Le Matin (29/06/2018) sur Dar Si Saïd
- loi 80-14 et décret 2-23-441
- Q. Wilbaux, La médina de Marrakech (L'Harmattan) ; G. Marçais, L'architecture musulmane d'Occident (Paris, Arts et métiers graphiques, 1954) : ouvrages cités d'après l'article « Riad (architecture) » de Wikipédia en anglais, sans consultation directe ni pagination vérifiée
- A. Stockstill, « Kutubiyya Courtyard », Middle East Garden Traditions (Dumbarton Oaks), via Archnet
- Archnet, fiche du palais El Badi
La Lettre
L’essentiel des riads de Marrakech, chaque semaine.
Marché, patrimoine, chantiers et droit : une sélection de la rédaction.


