Tourisme & Hôtellerie · Guide
Ouvrir une maison d'hôtes au Maroc : la vraie check-list
On imagine le patio, les orangers, le petit-déjeuner servi sur la terrasse. On pense moins au Centre régional d'investissement, à la commission de classement et à la déclaration quotidienne des clients. C'est pourtant par là que passe toute maison d'hôtes légale au Maroc.

Depuis 2025, les principaux textes d'application sont publiés. Et les amendes peuvent atteindre 500 000 DH. Voici le chemin, étape par étape.
Riad ou maison d'hôtes ? Choisissez d'abord votre catégorie
La loi 80-14 range les deux parmi les établissements d'hébergement touristique (art. 3). Ce qui les distingue :

| Maison d'hôtes | Riad | |
|---|---|---|
| Définition | Villa ou maison commerciale offrant chambres ou suites | Maison d'architecture et de décoration marocaines traditionnelles |
| Capacité | 4 à 10 unités | 4 à 30 unités |
| Catégories | 1 à 5 étoiles | 3, 4, 5 étoiles ou Luxe |
Sources : loi 80-14, art. 3 ; décret 2-22-867, annexe (BO n° 7462 bis du 04/12/2025) ; décret 2-23-441, art. 1.
L'hébergement chez l'habitant, lui, relève d'un autre régime, beaucoup plus léger, réservé au logement du loueur.
Le chemin, en huit étapes
1. Un bien sans zone d'ombre. Statut foncier clair et usage touristique compatible avec l'urbanisme du secteur (voir la différence entre melkia et titre foncier).
2. Une structure. Exploitation en nom propre ou en société, registre du commerce, identifiant commun de l'entreprise (ICE) et affiliation à la CNSS : le formulaire officiel les demande tous (arrêté 987-24).
3. Un projet conforme. Si vous construisez, transformez ou convertissez, le règlement de construction des établissements touristiques s'applique : capacité, surfaces minimales par catégorie (décret 2-22-867). Le dossier touristique exigera ensuite le certificat de conformité des travaux (décret 2-23-441, art. 3).
Si votre établissement est déjà autorisé et exploité, le règlement de construction ne s'applique qu'en cas de transformation ou d'extension (décret 2-22-867, art. 5). Pour les nouvelles normes de classement, le ministère du Tourisme a annoncé en juin 2025 une période de transition de 24 mois.
4. La demande, en ligne. Elle se dépose par voie électronique au Centre régional d'investissement (CRI) : pour Marrakech, le CRI Marrakech-Safi. Elle vaut demande de classement provisoire et d'autorisation d'exploitation (décret 2-23-441, art. 3).
5. L'instruction. Le CRI transmet le dossier au gouverneur, qui consulte notamment la protection civile, et au représentant du Tourisme, qui visite. Une commission régionale unifiée se prononce ensuite (art. 4 à 7). Délais prévus par le décret : 2 jours pour la transmission, 14 jours pour les avis. Délais vérifiés sur le texte arabe officiel (BO n° 7219) ; le décret ne précise pas s'il s'agit de jours ouvrables.
6. L'assurance, puis l'autorisation. Pas d'autorisation sans assurance incendie, vol des effets des clients et responsabilité civile (loi 80-14, art. 5 et 16). Le gouverneur signe ensuite l'autorisation (décret 2-23-441, art. 8).
7. L'ouverture. À déclarer dans les 60 jours (loi 80-14, art. 6).
8. Le classement définitif. Une commission régionale visite l'établissement. Le classement vaut 7 ans, puis 5 ans à chaque renouvellement, à demander 3 mois avant l'échéance (décret 2-23-441, art. 22 et 28).
Ensuite, au quotidien
- Déclarer chaque jour, en ligne, les arrivées de clients, et archiver leurs bulletins un an (loi 80-14, art. 36 à 38). Les modalités de cette déclaration sont fixées par le décret n° 2-15-865. Le ministère du Tourisme a annoncé en juin 2024 que le système de télédéclaration en ligne était opérationnel (TelQuel, 13/06/2024).

- Afficher les prix et la plaque officielle ; remettre des factures détaillées ; honorer les réservations confirmées (art. 17).
- Déclarer un directeur, signaler toute vacance dans la semaine et le remplacer sous trois mois (art. 15).
- Afficher partout, y compris en ligne, le classement réellement obtenu (art. 12 et 14).
Ce que coûte l'improvisation
| Faute | Amende (loi 80-14) |
|---|---|
| Exploiter sans autorisation | 50 000 à 500 000 DH (art. 43) |
| Défaut d'assurance | 50 000 à 500 000 DH, et jusqu'à 6 mois de fermeture (art. 44) |
| Mauvaise catégorie affichée | 50 000 à 100 000 DH (art. 45) |
| Guides, brochures ou annonces non conformes au classement (éditeurs et annonceurs, art. 12) | 10 000 à 50 000 DH (art. 46) |
| Déclaration des clients non faite | 1 à 6 mois de prison et/ou 50 000 à 100 000 DH (art. 48) |
Les peines sont portées au double en cas de récidive dans les cinq ans (art. 50), et les circonstances atténuantes du Code pénal ne s'appliquent pas aux amendes (art. 49).
Cinq erreurs évitables
- Acheter avant d'avoir vérifié que l'activité touristique est admise dans le secteur.
- Ouvrir les réservations en ligne avant l'autorisation.
- Concevoir des chambres sans regarder les surfaces minimales de la catégorie visée.
- Afficher des étoiles qu'on n'a pas.
- Laisser filer la date de renouvellement du classement.
Une maison d'hôtes réussie commence par un dossier bien monté. Le patio et les orangers viendront après, et ils dureront plus longtemps.
Sources
- loi 80-14, art. 3, 5, 6, 12 à 17, 36 à 38, 43 à 50
- décret 2-23-441, art. 1, 3 à 8, 22, 28
- décret 2-22-867, annexe (BO n° 7462 bis du 04/12/2025)
- arrêté 987-24
- décret 2-22-867, art. 5 (BO n° 7462 bis du 04/12/2025, traduction officielle)
- ministère du Tourisme, communiqué du 10/06/2025 sur la publication de cinq arrêtés (maroc.ma)
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