Juridique & Formalités · Guide

Melkia ou titre foncier : ce que vous achetez vraiment

Deux portes cloutées, côte à côte, dans le même derb. Même façade ocre, même patio. Pourtant, l'une ouvre sur un bien que la loi déclare inattaquable. L'autre, sur une propriété qu'une meilleure preuve peut encore remettre en cause.

Derb étroit de la médina de Marrakech entre de hauts murs ocre et rouges, lumière rasante
Derb Saba, à Marrakech. © Photo : Martin Furtschegger / Wikimedia Commons, CC BY 3.0 · Crédits et licence

Toute la différence tient en deux mots : titre foncier et melkia.

Le titre foncier : une page qui clôt le débat

Un riad titré est inscrit au livre foncier, le grand registre tenu par la Conservation foncière. Ce que dit cette inscription, la loi le tient pour vrai.

Le dahir de 1913 va très loin. Le titre est définitif et inattaquable (art. 62). Concrètement :

  • personne ne peut devenir propriétaire d'un bien titré en l'occupant longtemps, ce qu'on appelle la prescription (art. 63) ;
  • quelqu'un qui s'estimerait lésé par l'immatriculation ne peut pas récupérer le bien. Il peut seulement demander des dommages-intérêts, et uniquement s'il y a eu fraude (art. 64).

Une exception concerne les inscriptions faites ensuite sur le titre. Le titulaire de droits lésé par une fraude ou un faux peut les contester, à condition d'agir dans les quatre ans suivant l'inscription en cause. Passé ce délai, elles s'imposent aux tiers inscrits de bonne foi (loi 39-08, art. 2).

La melkia : propriétaire… jusqu'à preuve du contraire

Un riad en melkia n'est inscrit nulle part. Sa propriété repose sur des actes, notamment adoulaires, et sur la possession : le fait d'occuper et de gérer le bien comme un propriétaire.

Vantaux de porte en bois sculpté à motifs géométriques et heurtoirs en anneau, en noir et blanc
Portes en bois de la médersa Bou Inania, à Fès. © Photo : Petar Milošević / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 · Crédits et licence

La loi accorde à cette possession une vraie valeur. Mais une valeur provisoire : elle vaut propriété jusqu'à preuve contraire (loi 39-08, art. 3).

Et les actes de vente, à eux seuls, ne suffisent pas. Ils doivent s'appuyer sur l'origine de la propriété, et l'acheteur doit lui-même posséder le bien dans les conditions légales.

Posséder, oui. Mais pas n'importe comment

Pour que la possession compte, six conditions doivent être réunies (art. 240) : tenir réellement le bien, s'y comporter en propriétaire, se l'attribuer et se le voir attribuer par les gens, ne pas être contesté, posséder sans interruption pendant la durée légale, et, si le possesseur est décédé, qu'aucune cession ne soit connue.

Combien de temps ? Dix ans pour une personne sans lien de parenté ni copropriété avec le propriétaire (art. 250). Quarante ans entre parents non copropriétaires, en l'absence d'hostilité entre eux (art. 251). Et ces durées ne se négocient pas : aucun contrat ne peut les allonger ni les raccourcir (art. 259).

Certaines personnes ne peuvent jamais posséder les unes contre les autres : parents et enfants, époux pendant le mariage, associés, mandataire et mandant, notamment (art. 255). Et certains biens échappent totalement à ce mécanisme : biens habous, biens de l'État, terres des collectivités ethniques, biens des collectivités territoriales et biens déjà titrés (art. 261).

Côte à côte

Deux vantaux de porte en bois aux panneaux peints de fleurs délavées, palais de la Bahia
Portes aux panneaux peints, palais de la Bahia, Marrakech. © Photo : FuriousYogi / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 · Crédits et licence
Riad titréRiad en melkia
Ce qui prouve la propriétéL'inscription au livre foncierDes actes et la possession
Peut-on la contester ?Le titre, non (art. 62). Une inscription ultérieure, pour fraude ou faux, dans les 4 ans (loi 39-08, art. 2)Oui, par une meilleure preuve
SuperficieFixée par un plan officielDécrite dans les actes
Vérification avant achatUn certificat de propriété (100 DH)L'analyse de toute la chaîne d'actes
Hypothèque bancairePossiblePas d'hypothèque : la loi la réserve aux biens titrés ou en cours d'immatriculation. Un nantissement par acte authentique reste possible (loi 39-08, art. 165 et 147)
Après la venteInscription dans les 3 mois (art. 65 bis)Un nouvel acte, sans inscription

Et entre les deux ?

Il existe une situation intermédiaire, que l'on rencontre dans les annonces : le riad « en réquisition ». La procédure d'immatriculation est ouverte, mais le titre n'existe pas encore. Elle mérite un article à part entière.

Ce qu'il faut retenir avant de signer

Acheter un riad titré, c'est acheter un bien. Acheter un riad en melkia, c'est acheter un bien et un dossier. Pas forcément une mauvaise affaire, mais un risque à mesurer avant de signer.

Le bon réflexe ? Demander au vendeur, dès la première visite, dans quelle situation se trouve le riad. Puis, si c'est une melkia, faire examiner les actes par un notaire, un adoul ou un avocat avant toute promesse. L'immatriculation pourra venir ensuite (voir l'immatriculation d'un riad).

Sources

  1. dahir du 12 août 1913 sur l'immatriculation foncière, version consolidée (art. 62 à 66, 65 bis) — consulté le 24 octobre 2026
  2. loi 39-08 relative au code des droits réels (art. 2, 3, 4, 147, 165, 174, 240, 250, 251, 255, 259, 261) — consulté le 24 octobre 2026
  3. décret 2-16-375 du 18/07/2016 fixant le tarif de la Conservation foncière (BO n° 6484 du 21/07/2016) — consulté le 24 octobre 2026

La Lettre

L’essentiel des riads de Marrakech, chaque semaine.

Marché, patrimoine, chantiers et droit : une sélection de la rédaction.