Architecture & Rénovation · Guide
Anatomie d'un riad : ce que cache la porte
De la rue, on ne voit rien. Un mur aveugle, une porte cloutée, parfois un heurtoir. Le riad ne se montre pas : il se découvre, pièce après pièce, en tournant le dos à la ville. Visite guidée d'une maison pensée de l'intérieur.

Le mot
Le mot vient de l'arabe riyâd, pluriel de rawda, « jardin ». Au sens strict, le riad est ce jardin intérieur ; par extension, la maison organisée autour de lui. Il est fréquemment divisé en quatre parterres autour d'une fontaine ou d'un bassin.
Les historiens de l'architecture appellent plutôt dar une maison dont la cour est pavée, sans jardin. La nuance s'est perdue dans l'usage courant, et aujourd'hui, de nombreuses maisons traditionnelles de médina sont vendues sous le nom de riad. La loi 80-14 sur les établissements touristiques a d'ailleurs retenu une définition large : une maison d'architecture et de décoration marocaines traditionnelles.
L'entrée : ne jamais voir directement
Passé la porte, on bute en général sur un mur : le couloir d'entrée est coudé, « en chicane ». Depuis le derb, la cour reste ainsi hors de vue : tout ce qui compte est à l'intérieur.
Le patio : la pièce à ciel ouvert
Au bout du couloir, la lumière. Le patio est le cœur de la maison, la pièce sans toit sur laquelle tout s'ouvre. Il apporte l'air et la lumière que la rue, trop étroite, ne donne pas.

L'eau y tient souvent une place centrale, fontaine ou bassin. Les plantations y apportent l'ombre. Les façades intérieures concentrent le décor que l'extérieur refuse.
Les salons : des pièces longues et étroites
Autour du patio s'ouvrent de grandes pièces rectangulaires, souvent une par côté. Leur forme allongée est liée à la charpente : les plafonds reposent sur des solives de cèdre, et élargir une pièce au-delà des dimensions habituelles impose d'ajouter des poutres.
On y trouve parfois une alcôve, le bhou, et des divans bas. Les portes, hautes et à deux battants, comportent souvent un portillon plus petit pour l'usage quotidien.
L'étage, la douiria et la terrasse
À l'étage, une galerie borde le patio, sur un ou plusieurs côtés, et dessert les chambres.

La douiria est une annexe de la maison principale. À Fès, c'est souvent un logement secondaire lié à la cuisine et aux services, qui pouvait aussi recevoir les hôtes ; à Marrakech, le mot désigne couramment un appartement d'invités, souvent à l'étage. Il arrive qu'elle déborde sur une maison voisine, d'où les questions juridiques de volumes imbriqués.
Tout en haut, la terrasse. Longtemps espace domestique, elle est devenue un atout recherché. Certaines demeures possèdent un menzah : un pavillon d'agrément, qui peut donner sur le jardin ou se dresser en belvédère sur la terrasse.
Les matières

| Matière | Où on la trouve | Ce qu'il faut savoir |
|---|---|---|
| Zellige | Sols, fontaines, soubassements | Mosaïque de carreaux de terre cuite émaillée, taillés à la main |
| Tadelakt | Murs, salles d'eau, bassins | Enduit à la chaux lissé et poli, imperméable quand il est bien posé |
| Plâtre sculpté (gebs) | Frises, arcs, plafonds | Ciselé à la main, souvent en haut des murs |
| Bois de cèdre | Portes, plafonds, moucharabiehs | Peint ou sculpté ; sensible à l'humidité et aux insectes |
| Terre, pisé, brique | Murs porteurs | Murs épais (environ 40 cm en brique, jusqu'à un mètre en pisé), sensibles à l'eau |
Ces matières font la beauté d'un riad. Elles font aussi sa fragilité : la plupart vivent mal avec le ciment et l'humidité.
Ce qu'il faut regarder pendant une visite
- Le patio : est-il couvert d'une verrière ? Elle protège de la pluie, mais modifie la ventilation.
- Les plafonds de bois : traces d'humidité, d'insectes, de reprises.
- Les murs : fissures, enduits qui cloquent, ciment posé sur la chaux.
- La terrasse : étanchéité, écoulement de l'eau, voisins en surplomb.
- Les volumes : chaque pièce repose-t-elle sur le terrain de la maison ?
Un riad se lit comme un livre ancien. Il faut l'ouvrir avec soin, et parfois avec un spécialiste.
Sources
- Dictionnaire de l'Académie française, 9e éd., art. « riad »
- J. Revault, L. Golvin, A. Amahan, Palais et demeures de Fès, t. I, Époques mérinide et saadienne (XIVe-XVIIe siècles), CNRS Éditions / IREMAM, 1985, OpenEdition Books, DOI 10.4000/books.iremam.2303 (chap. « Techniques traditionnelles de la construction et du décor », p. 19-39 ; « Introduction », p. 77-89 ; « Demeures de Fès »)
- Q. Wilbaux, La médina de Marrakech, L'Harmattan, 2001, p. 55-57, et X. Salmon, Marrakech. Splendeurs saadiennes, LienArt, 2016 (cités d'après une synthèse)
- UNESCO, Centre du patrimoine mondial, « Médina de Marrakech »
- A. El Amrani et al., « From the stone to the lime for Tadelakt: Marrakesh traditional plaster », Journal of Materials and Environmental Science, 9(3), 2018
- Historic England, « Properties of Traditional Building Construction »
- loi n° 80-14
La Lettre
L’essentiel des riads de Marrakech, chaque semaine.
Marché, patrimoine, chantiers et droit : une sélection de la rédaction.


